L’interview d’Emilia d’Avack, experte en écosystèmes marins chez PUR Projet

Plusieurs fois par an, Emilia d’Avack, experte en écosystèmes marins chez PUR Projet, part à Pejarakan, un village du Nord-Ouest de Bali, coordonner le programme PUR Corail lancé en 2016 et monitorer l’évolution de la croissance du récif corallien en régénérescence. Retour d’expérience d’une femme de terrain.

Vous êtes investie sur le projet Pur Corail depuis ses débuts, quel est votre rôle ?

J'ai commencé par chercher un site adéquat. Il fallait qu'il y ait un récif corallien à préserver et une communauté locale prête à s'investir. J'ai ensuite procédé à un état des lieux des dégâts. Puis, il a fallu choisir les méthodes de reconstruction les plus adaptées et former des équipes sur place. Aujourd'hui, deux personnes et un manager assurent la maintenance à plein temps et travaillent à reconstruire et faire grandir le récif. Je viens deux fois par an vérifier que tout se passe bien

Nous installons depuis 2019 près de 17 structures sous-marines et transplantons 2040 coraux de 20 espèces différentes chaque année.

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Emilia d’AvackExperte en écosystèmes marins chez PUR Projet

Comment est-il possible de régénérer le corail et reconstruire un récif corallien ?

Nous avons sélectionné une technique de pointe, dite Biorock. Elle nécessite une structure métallique 3D électrifiée immergée. Au contact de l'eau, le faible courant qui parcourt l'armature provoque une réaction chimique et crée une matière proche du squelette du corail qui vient se coller au métal. A nous ensuite de venir y greffer des fragments de coraux encore vivants. C'est très efficace mais coûteux. Nous expérimentons donc deux autres méthodes : une autre structure métallique que nous recouvrons nous-mêmes d’un mélange de sable et de colle et une cage remplie de pierres qui servent de support aux greffons.

Et le récif corallien reprend vie ?

Grâce au soutien de la marque Eau Thermale Avène, nous installons depuis 2019 près de 17 structures sous-marines et transplantons 2040 coraux de 20 espèces différentes chaque année. Entre 2016 et 2021, nous aurons transplanté plus de 10000 coraux grâce à Avène. Le taux de survie est bon. Le récif commence à retrouver une complexité architecturale, une fonction de refuge. C’est le retour des nudibranches, des rascasses, des raies pastenague à points bleus, des antennaires, des poulpes, des sèches… Y plonger est redevenu un plaisir. 

Quels sont vos prochains objectifs ?

Notre ambition est que le récif retrouve toutes les fonctions d’un récif vivant naturel en bonne santé et qu’il assure toutes ses fonctions et services écosystémiques en termes de biodiversité, nourriture, protection des côtes, etc. La pêche à la dynamite ou au cyanure sont interdites maintenant mais la pêche des poissons prédateurs est encore trop importante dans le secteur. Elle favorise directement la prolifération d’une algue en compétition avec les coraux. C’est encore une pression très active. Il faut continuer à travailler avec les communautés sur les enjeux et à traiter les problèmes de pollution.

En quoi ce projet de protection du récif corallien est-il durable ?

Chaque étape du programme est pensée avec toutes les parties prenantes : habitants, autorités locales et associations de pêche et de tourisme. Nous avons un rôle de soutien, trouvons des financements, partageons une expertise, une infrastructure, enseignons un savoir-faire, mais surtout, nous transmettons à la communauté locale toutes les clefs pour qu'elle puisse continuer seule à préserver le capital naturel et à restaurer le récif corallien. Nous avons formé des équipes exclusivement composées de villageois. Aujourd’hui, nous réfléchissons avec eux à organiser des visites guidées du récif, à proposer des certificats d'adoption de bébés coraux, à des activités génératrices de revenus.

Notre ambition est que le récif retrouve toutes les fonctions d’un récif vivant naturel en bonne santé.